Architectures sensibles. Un hôpital psychiatrique à l’épreuve de l’expérimentation dansée.


thèse de doctorat - soutenue le 8 novembre 2025, Ménagerie de Verre
Sous la direction d’Isabelle Ginot & Catherine Perret


︎ Petit guide de soutenance. Pour ma famille, mes ami·es et toute personne peu familière du milieu universitaire et qui découvre ma recherche (document à disposition du public le jour de la soutenance)


Résumé (FR)


Prenant pour point de départ une réflexion sur l’architecture psychiatrique et les spatialités en danse, cette thèse — ancrée dans le travail du collectif MOUVEMENT(s), composé d’usager·ères en psychiatrie, de soignant·es, de ch

ercheur·es et d’artistes
chorégraphiques (dont je fais partie en tant qu’artiste et chercheuse) — interroge l’objectif central du groupe : mobliser la pratique dansée comme méthode d’investigation du lieu. La thèse retrace et analyse en particulier les processus et pratiques engagés pour la performance Plan d’Occupation des Sols #1, co-créée et présentée au Théâtre Louis Aragon à Tremblay-en-France en 2022.
Dans un contexte psychiatrique inhospitalier, où les facultés de sentir, de percevoir et d’imaginer se trouvent entravées, elle propose d’explorer, à partir de l’analyse de pratiques dansées, différentes qualités d’espace que je nomme architectures sensibles, afin de les
distinguer des architectures-limites marquées par les politiques du mur qui prolifèrent dans nos sociétés contemporaines. Ces architectures sensibles déplacent l'attention vers une écoute du milieu et de sa matérialité propre. Depuis le geste, elles modulent une exploration
de l'espace du sentir et permettent ainsi l'émergence du commun.
L'atelier de pratique est pensé comme un espace d'amplification des expériences depuis lequel la thèse interroge aussi bien les possibilités d'une coproduction des savoirs (artistiques comme politiques) que les conditions d'une écoute possible de ces savoirs et de leur dimension critique dans un tel contexte.
La thèse pose l'hypothèse que cet espace du milieu — aussi celui de l'espace du geste — est celui depuis lequel se bâtissent les espaces de confiances (symbolique et pratique) à différentes échelles micro- et macro- politiques. Elle défend l'urgence d'une reconceptualisation de la confiance dans son articulation avec le sentir. Ces espaces de
confiance sont ceux depuis lesquels il devient possible de s'engager dans l'action collective mais aussi de défaire les assignations statutaires (patient·e, soignant·e, etc.) en imaginant d'autres rôles.
Cette démarche de recherche-création s'appuie également sur la littérature sur les gestes d'écriture de la recherche et s'inscrit dans des questionnements épistémologiques en articulant plusieurs écritures et pratiques é ditoriales. L 'écriture diariste, les lectures complices de la recherche et les journaux de la performance Plan d'Occupation des Sols
tentent ainsi de rendre compte d'une vivacité critique du collectif.

abstract (EN)


Taking as its starting point a reflection on psychiatric architecture and the spatialities of dance, this thesis —grounded in the work of the MOUVEMENT(s) collective, composed of psychiatric users, carers, researchers, and choreographic artists (of which I am a member
as an artist and researcher)— investigates the group’s central aim: to mobilize dance practice as a met

hodological approach to site investigation. The dissertation specifically traces and analyzes the processes and practices involved in creating Plan d’occupation des
sols #1, a performance co-created by the collective and presented at the Théâtre Louis Aragon in Tremblay-en-France in 2022.
In a psychiatric context that is inhospitableand where the faculties of sensing, perceiving, and imagining are hindered, she proposes to explore, through the analysis of dance practices, different qualities of space that I refer to as sensitive architectures, in order to distinguish them from limit-architectures shaped by wall policies that proliferate in our contemporary societies. Sensitive architectures shift our attention toward the environment and its inherent materiality. Through movement and gesture, they open an exploration of sensing, enabling the emergence of the common.
The work of the collective, conceived as a space for amplifying experiences, is the point of departure from which this thesis explores both the co-production of knowledge— artistic and political—and the conditions under which in this context such knowledge can be heard and its critical dimension understood. The dissertation hypothesizes that inside of this space between — which is also the realm of gesture — symbolic and practical configurations of trust can be built on micro- and
macro-political scales. It argues for the urgent need to reconceptualize trust in relation to sensing. These spaces of trust are what make it possible to engage in collective action and, at the same time, to undo assigned roles (such as patient, caregiver, etc.) by imagining new
ones.
This process of research-creation also draws on literature concerning the gesture of research writing and engages in epistemological inquiry by interweaving various writing and editorial practices. The diaristic writing, research readings, and journals from the Plan d'Occupation des Sols performance aim to reflect the collective’s critical vitality.